Afrique

Burkina Faso

Extraits (2011)

 

Au printemps, à la saison de la cueillettte des noix de karité , je suis allé à la rencontre de Nathalie, jolie fleur de la savane dont est ici contée la belle histoire. Depuis Ouagadougou, au long des 400 kilomètres qui nous séparent de Toussiana, sur la grand-route du sud-ouest vers Abidjan qui relie la capitale du Burkina Faso à celle de la côte d’Ivoire, sans parler de fraîcheur, la température décline agréablement de quelques petits degrés. de manière inversement proportionnelle, les arbustes disséminés sur l’immense plaine brûlée croissent et se multiplient. Les ocres jaunes de la steppe sahélienne se fondent peu à peu dans une gamme de bruns rouges humides mêlée à celle des verts de plus en plus soutenus de la savane arborée.

 

L’équipage de René Furterer m’a suggéré ce voyage au « pays des hommes intégres » ou plutôt en terre de « l’arbre à beurre », le karitier, à Toussiana, le village de Nathalie, avec laquelle il partage dorénavant le sillage sur le cap du karité éthique; Ainsi je découvrais à la source avec la meilleure guide qui soit ce savoir-faire séculaire qui consiste à transformer cette noix de karité tombée du ciel en une matière grasse pure aux multiples bienfaits.

 

J’aurais pu me contenter de fournir ma palette avec un tube d’ocre rouge et quelques teintes de vert tant il est vrai que le spectre chromatique de la région de Toussiana se résume à ces deux couleurs. Mais cela aurait été sans compter avec les parures multicolores des femmes, car l’histoire du karité et des Hommes, aussi loin que l’on s’en souvienne, est avant tout une histoire de femmes. Pourquoi? Tout simplement parce que le processus de transformation traditionnel de la noix en beurre est particulièrement épuisant et fastidieux. Les femmes vendaient alors sur les marchés le surplus de leur récolte et de leur dur labeur (…de karité!). L’une des rares opportunités d’amasser un petit pécule personnel, mais si maigre que leurs compagnons leur avaient généreusement accordé ce monopole.

 

Titouan Lamazou

C-print, 180 x 291 cm, 2011

 

 

Odile, Gouaches sur papier, 46 x 37 cm (chaque), 2011
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